Actualité

jeudi 12 février 2015

Tunisie: ''203 suicides et tentatives de suicide en 2014

203 suicides et tentatives de suicides ont été recensés en 2014, a fait savoir, mercredi, Abdessatar Sahbani, responsable de l'observatoire social tunisien, relevant du forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).

Lors d'un point de presse tenu à Tunis, Sahbani a précisé que Kairouan et Tunis ont enregistré le plus grand nombre de cas de suicide avec une moyenne de 5 suicides tous les deux mois

Il a ajouté que la tranche d'âge la plus touchée concerne les personnes âgées entre 26 et 35 ans avec 60 cas, faisant remarquer que les problèmes d'ordre social, financier, psychologique et sanitaire sont les principaux facteurs qui poussent les gens à commettre cet acte.

Il a, d'autre par fait savoir, que le suicide des enfants a retenu l'attention de l'opinion publique suite à la médiatisation de cette question, indiquant qu'en 2014, 18 enfants se sont suicidés (dont 12 filles).

L'intervenant a critiqué le corps enseignant qui n'accorde pas suffisemment d'intérêt à l'état psychologique de l'élève, appelant, à cet égard, à mettre à la disposition des élèves des spécialistes et des cellules d'écoute.

Le responsable a indiqué que les suicides ont eu lieu dans plusieurs endroits tels que les lycées secondaires, les facultés, les universités, les cimetières, les forêts, à proximité des établissements publics et officiels à l'instar des délégations, les sièges des gouvernorats, les ministères, les directions régionales et les municipalités.

Il a, en outre, appelé les citoyens, les preneurs de décision, les médias et les composantes de la société civile à accorder un intérêt particulier à la question du suicide qui a pris de l'ampleur après la révolution.


Sahbani a souligné l'urgence de prendre des mesures avant-gardistes pour réaliser la justice sociale et consacrer l'égalité des chances pour toutes les catégories sociales dans toutes les régions du pays loin de la marginalisation et de l'exclusion.

Tunisie: six pirates informatiques arrêtés et accusés d'appui aux extrémistes

Le ministère tunisien de l'Intérieur a affirmé mercredi à l'AFP que six pirates informatiques arrêtés la veille par une unité spécialisée dans les "crimes terroristes" étaient "porteurs de la pensée jihadiste".

Les six hommes accusés de soutien à des extrémistes religieux sont "porteurs de la pensée jihadiste", a déclaré le porte-parole du ministère, Mohamed Ali Aroui.

Le président du Parti pirate tunisien, Slaheddine Kchouk, a dit à l'AFP que les six hommes faisaient partie du groupe de pirates "Fallaga". "Je les connais", a-t-il affirmé, assurant qu'ils n'avaient "pas de lien avec le terrorisme".

M. Aroui a refusé de dire si les six personnes arrêtées étaient bien des membres des "Fallaga".

Le groupe tunisien "Fallaga team" a notamment piraté en janvier, après l'attentat contre l'hebdomadaire français Charlie Hebdo, le site du conseil du département du Lot (sud-ouest de la France) pendant trois heures, au cours desquelles la page renvoyait les utilisateurs vers une adresse diffusant un discours intégriste.

Le ministère de l'Intérieur avait indiqué mardi soir dans un communiqué que leur arrestation s'inscrivait dans le cadre des opérations visant "les éléments takfiris (extrémistes) actifs sur le net".

"L'unité nationale d'investigation des crimes terroristes (...) a pu faire tomber les éléments les plus dangereux administrant une page Facebook connue et spécialisée dans le piratage des sites gouvernementaux et d'institutions sensibles, au niveau national ou international", avait-il dit.

Ils sont accusés d'avoir mené "des attaques contre un certain nombre de sites du gouvernement tunisien le jour de l'an 2015 et avant cela des sites étrangers".

Le fondateur d'un second Parti pirate tunisien et ancien secrétaire à la Jeunesse après la révolution de 2011, Slim Amamou, a estimé que les accuser de terrorisme était "très grave".


"On ne peut pas les mettre dans la même case que les terroristes qui tuent sur le mont Chaambi (maquis jihadiste à la frontière algérienne, ndlr). S'ils ont piraté des sites, ils doivent être jugés pour leurs actes, pas pour terrorisme", a-t-il dit à l'AFP, tout en tenant à préciser qu'il "ne connaissait pas leurs motivations et n'adhérait pas à leur cause". (AFP le 11 février 2015)

SwissLeaks : la Tunisie ouvre une enquête pour blanchiment d'argent

Le parquet tunisien a annoncé mercredi 11 février l'ouverture d'une enquête pour blanchiment d'argent après les révélations de l'affaire SwissLeaks, d'après lesquelles des proches de l'ancien régime et des hommes d'affaires en vue ont ouvert des comptes en Suisse.

«Une enquête pour blanchiment d’argent a été ouverte mardi soir. C’est un juge d’instruction du pôle judiciaire financier qui sera en charge de l’investigation», a déclaré à l’AFP le porte-parole du parquet, Sofiène Sliti.

La filiale suisse de la banque HSBC est depuis lundi au centre d'un vaste scandale après que Le Monde et plusieurs autres médias ont assuré qu'elle avait aidé certains de ses clients à cacher des milliards de dollars pour leur éviter de payer des impôts. Cette enquête, baptisée SwissLeaks, a été réalisée sur la base de fichiers de la banque HSBC Suisse, dont le siège est à Genève, volés en 2007 par un ancien employé.

DEUX CENT CINQUANTE-SIX CLIENTS EN TUNISIE

En ce qui concerne la Tunisie, une liste de 256 clients détenant un total de 679 comptes a été établie. Cent quarante-deux noms de personnes physiques et 32 noms de sociétés offshore ont été identifiés par les autorités françaises.

Parmi ces clients figure Belhassen Trabelsi, frère de Leila Trabelsi, l'épouse du dictateur déchu Zine El Abidine Ben Ali. S'y trouvent aussi l'avocat d'affaires et ex-candidat à la présidentielle Samir Abdelli ainsi que l'homme d'affaires Tarek Bouchamaoui, frère de Wided Bouchamaoui, la patronne du principal syndicat patronal. Le crédit de l’un des comptes de M. Bouchamaoui a atteint, selon Inkyfada, près de 49 millions de dollars sur la période couverte par les fuites.

La loi tunisienne interdit, sauf exception, aux Tunisiens ne résidant pas à l'étranger d'avoir des comptes hors de la Tunisie. (AFP | 11.02.2015)


mardi 10 février 2015

Le sud tunisien en grève après des heurts avec la police

Ben Guerdane (Tunisie) - Une large partie du sud tunisien, frontalier de la Libye, a observé une grève mardi à la suite de heurts entre policiers et manifestants dimanche qui ont fait un mort, des violences déclenchées par la saisie d'essence de contrebande.

A l'exception des services d'urgence, des pharmacies et de boulangeries, l'essentiel des commerces et bureaux de la région de Tataouine sont restés fermés, selon l'Union régionale du travail.

La ville de Ben Guerdane, dans la région de Médenine près du poste-frontière de Ras Jedir, était aussi paralysée, a constaté un journaliste de l'AFP. Des heurts sporadiques y ont opposé de jeunes manifestants à la police, qui a répondu à des jets de pierres par du gaz lacrymogène.

Les syndicats dans ces deux régions réclament des créations d'emplois, la suppression d'une taxe de sortie du territoire tunisien imposée aux étrangers non-résidents depuis octobre, l'assouplissement des contrôles douaniers sur les transports des marchandises et une enquête sur le recours excessif à la force par la police lors des manifestations.

Ils exigent également que des responsables gouvernementaux se rendent d'urgence sur place.

Un jeune homme est mort dimanche dans les heurts à Dehiba, deuxième grand point de passage vers la Libye après celui de Ras Jedir. 

Le gouvernement a déploré lundi soir ces évènements douloureux et indiqué qu'une suspension de la taxe de sortie du territoire de 30 dinars (13,7 euros), qui selon les habitants nuit au commerce entre la Libye et la Tunisie, était à l'étude pour les ressortissants des Etats du Maghreb.

Le Conseil des ministres a aussi affirmé que les ministres des Finances, de l'Investissement et de la Coopération internationale effectueraient mercredi une visite sur le terrain dans les zones frontalières du sud-est pour s'enquérir de la situation.

Le sud tunisien vit largement de divers trafics avec la Libye et la contrebande de carburant libyen est particulièrement lucrative.

Selon un rapport publié en décembre 2013 par la Banque mondiale, le commerce informel, qu'il soit avec la Libye à l'est ou l'Algérie à l'ouest, coûte à la Tunisie chaque année au moins 1,2 milliard de dinars, soit un peu moins de 600 millions d'euros.

Quelque 328.000 tonnes de produits de contrebande passent notamment par le poste de Ras Jedir chaque année et 20% de la population active de Ben Guerdane vit exclusivement de ce commerce, qui représente plus de la moitié des échanges bilatéraux avec la Libye.

La fermeture de la frontière tuniso-libyenne en raison de différends entre les deux pays ou de l'instabilité en Libye, en proie au chaos, entraîne dès lors régulièrement des mouvements sociaux et des heurts dans le sud tunisien. (AFP / 10 février 2015 )   

lundi 9 février 2015

Trente-deux djihadistes présumés arrêtés en Tunisie


Le gouvernement tunisien a annoncé le démantèlement d'une cellule djihadiste et l'arrestation de 32 personnes, dont plusieurs de retour de Syrie. Des attentats étaient notamment projetés à Tunis.

Le gouvernement tunisien a annoncé avoir arrêté 32 militants islamistes dont plusieurs rentraient de Syrie. Ceux-ci préparaient des "attentats spectaculaires" à Tunis et dans d'autres villes du pays. Les arrestations ont été menées ces trois derniers jours.

La cellule démantelée projetait de s'en prendre à des "installations vitales" du pays, dont le siège du ministère de l'Intérieur et des sites militaires et civils, a précisé samedi soir un porte-parole du ministère de l'Intérieur, Mohammed Ali Aroui. "Plusieurs terroristes rentraient de Syrie", a-t-il dit.

Islamistes tués

Des islamistes tunisiens et algériens ont par ailleurs été tués par des soldats dans le secteur du Mont Chaambi, près de la frontière algérienne, a ajouté le porte-parole.

On estime que 3000 ressortissants tunisiens ont rejoint les groupes islamistes armés en Syrie depuis 2011. Ce qui fait de la Tunisie un des principaux pourvoyeurs de djihadistes étrangers. Plusieurs centaines d'entre eux sont rentrés.

ats/ebz        

Tunisie: un mort dans des heurts dans le Sud après la saisie d'essence de contrebande


Tunis - Une personne a été tuée dimanche dans des affrontements entre la police et des habitants de Dehiba, dans le sud de la Tunisie, à la frontière avec la Libye, a annoncé le gouverneur de Tataouine, Sabeur Mednini.

Les heurts à Dehiba, point de passage entre la Tunisie et la Libye, avaient commencé samedi après la saisie par les autorités d'essence de contrebande et ont repris dimanche après une accalmie, selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Mohamed Ali Aroui.

Le Sud tunisien vit largement du commerce, formel ou informel, avec la Libye. La région est un haut lieu de contrebande de carburant en provenance de Libye, un trafic lucratif sans lequel la population locale dit ne pas pouvoir survivre.

Concernant les décès, nous avons un cas dans la ville de Dehiba (...). Et nous avons un blessé très grave qui a été transporté à l'hôpital universitaire de Sfax, grande ville du Sud, a affirmé M. Mednini à la radio privée Shems FM, sans donner de précisions sur les circonstances du décès.

Dimanche, la police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser les protestataires qui ont, eux, jeté des pierres et des cocktails Molotov sur les forces de l'ordre, a indiqué à l'AFP le porte-parole du ministère de l'Intérieur. Les protestataires avaient la veille lancé des cocktails Molotov sur le poste de la Garde nationale (gendarmerie), a ajouté M. Aroui, d'après qui des gendarmes ont aussi été blessés.

Mais des témoins et des médias locaux ont aussi évoqué l'usage par les forces de l'ordre de balles réelles.

Les citoyens demandent que la police quitte la ville et que ce soit l'armée qui la sécurise, a déclaré le gouverneur de Tataouine. Et l'enquête nous dira en détail pourquoi elles (les forces de l'ordre) en sont arrivées à faire usage de balles réelles ou de gaz lacrymogène.

La situation dans la région, nous la connaissons, c'est une situation très fragile (...). Ce sont des gens qui vivaient du commerce pendant des années et qui ont senti que leur source de revenus s'était interrompue, et ils se sont soulevés. Mais ces revendications sont en contradiction avec la loi et l'économie du pays, a dit M. Mednini, tout en reconnaissant que les protestataires réclamaient avant tout le développement (de leur région) et des emplois.

Le porte-parole du ministère de la Défense, Belhassen Oueslati, avait plus tôt indiqué à l'AFP que l'armée s'était positionnée devant la mairie, la Poste et la sous-préfecture pour éviter qu'elles ne soient visées par les violences.


La nouvelle du décès à Dehiba a donné lieu à une manifestation de soutien à Ben Guerdane, tout près de la frontière avec la Libye, où les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène selon des témoins. (AFP / 08 février)            

samedi 7 février 2015

Tunisie:Composition du gouvernement

  • HABIB ESSID : Chef du Gouvernement

Ministres :
  1. Ministre de la Justice : Mohamed Salah Ben Aissa
  2. Ministre de la Défense nationale : Farhat Horchani
  3. Ministre de l’Intérieur : Mohamed Najem Gharsalli
  4. Ministre des Affaires Etrangères: Taieb Baccouche
  5. Ministre des Affaires religieuses : Othman Battikh
  6. Ministre des Finances : Slim Chaker
  7. Ministre du développement, de l’investissement et de la coopération internationale: Yassine Ibrahim
  8. Ministre des Domaines de l’Etat et des affaires foncières : Hatem El Euchi
  9. Ministre de l’Education: Neji Jelloul
  10. Ministre de l’Enseignement supérieur de la recherche scientifique : Chiheb Bouden
  11. Ministre de la Formation professionnelle et de l’emploi: Zied Laadhari
  12. Ministre des Affaires sociales: Ahmed Ammar Youmbaii
  13. Ministre de la Santé: Said Aïdi
  14. Ministre de la Culture et de la sauvegarde du patrimoine: Latifa Lakhdhar
  15. Ministre de la Femme, la famille et l’enfance : Samira Merai
  16. Ministre de la Jeunesse et des sports : Meher Ben Dhiaa
  17. Ministre de l’Agriculture, des ressources hydrauliques et de la pêche: Saad Seddik
  18. Ministre de l’Environnement et du développement durable: Nejib Derouiche
  19. Ministre de l’Industrie, de l’énergie et des mines : Zakaria Hamad
  20. Ministre du Commerce: Ridha Lahouel
  21. Ministre de l’Equipement, l’habitat et l’aménagement du territoire: Mohamed Salah Arfaoui
  22. Ministre du Transport: Mahmoud Ben Romdhane
  23. Ministre du Tourisme et de l’artisanat: Salma Rekik
  24. Ministre des Technologies de la communication et de l’économie numérique: Noomane Fehri
  25. Ministre auprès du chef du gouvernement chargé des relations avec l’ARP: Lazhar Akremi
  26. Ministre auprès du chef du gouvernement chargé des relations avec les instances constitutionnelles et la société civile: Kamel Jendoubi
  27. Secrétaire général du gouvernement: Ahmed Zarrouk

Secrétaires d’Etat :
  1. Secrétaire d’Etat chargé de la sûreté nationale : Rafik Chelli
  2. Secrétaire d’Etat chargé des collectivités locales : Hedi Majdoub
  3. Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères : Mohamed Ezzine Chleyfa
  4. Secrétaire d’Etat chargé des affaires arabes et africaines : Touhami Abdouli
  5. Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Finances : Boutheina Yaghlane
  6. Secrétaire d’Etat auprès du ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale : Lamia Zeribi
  7. Secrétaire d’Etat chargée de la Coopération internationale : Amel Azzouz
  8. Secrétaire d’Etat chargé des affaires de l’immigration et de l’intégration sociale : Belgacem Sabri
  9. Secrétaire d’Etat à la production agricole : Amel Nafti
  10. Secrétaire d’Etat à la pêche : Youssef Chehed
  11. Secrétaire d’Etat chargée du dossier des blessés et martyrs de la révolution : Majdouline Cherni
  12. Secrétaire d’Etat chargé de la remise à niveau des établissements hospitaliers : Najmeddine Hamrouni
  13. Secrétaire d’Etat chargé de la jeunesse : Chokri Terzi
  14. Secrétaire d’Etat chargé de l’Habitat : Anis Ghedira


Un nouveau gouvernement tunisien, sans enthousiasme

Le premier ministre Habib Essid (en bas à droite) avec les membres de son gouvernement, pendant le vote au Parlement, mercredi 4 février.

Il a fallu attendre plus de 100 jours après les élections législatives pour que le premier gouvernement de la deuxième république tunisienne soit présenté au Parlement, le 4 février. Une naissance difficile après plusieurs semaines de tractations.

Habib Essid, chef de l’exécutif a été contraint de revoir sa copie et de présenter une nouvelle proposition pour la composition du gouvernement : 27 ministres et 17 secrétaires d’Etat. Le parti islamiste Ennahdha et les ultralibéraux de Afek Tounes ont fini par rejoindre la nouvelle formation se limitant au départ uniquement à Nida Tounes, arrivé premier aux législatives et à l’Union patriotique libre, le parti d’un riche homme d’affaire, Slim Riahi, arrivé troisième.

A l’issue de deux jours de débat, Habib Essid a obtenu un vote de confiance avec une majorité confortable : 166 voix pour, 8 abstentions et 30 contre.

Déséquilibre des portefeuilles

Une équipe avec une large représentativité, mais proportionnellement déséquilibrée. Ennahdha, deuxième bloc parlementaire, ne se voit octroyé qu’un seul poste ministériel et trois secrétariats d’Etat alors que Afek Tounes, avec 8 députés seulement, décroche trois ministères. Cette coalition a suscité de fortes réserves tant au sein de Nida Tounes que d’Ennahda.

« Les électeurs de NidaTounes ont voté pour qu’Ennahdha soit écarté du pouvoir et inversement pour les électeurs d’Ennahdha. Pourtant, aujourd’hui ils s’allient ». Pour Ahmed Essedik, député du Front populaire, la coalition de gauche, « c’est un simple partage du gâteau destiné à apaiser les peurs des uns et des autres ».

« Convaincre nos militants de la nécessité de cette alliance n’était pas chose aisée, mais nous comprenons les pressions du contexte régional et la nécessité du consensus pour la stabilité du pays », a confié une députée d’Ennahdha, Yamina Zoghlami.

Pas de révolution au programme

Le parti islamiste a accepté de se voir sous-représenté dans l’exécutif. En contrepartie, il garde un droit de regard sur le travail du gouvernement et espère que le pays échappera au scénario égyptien.

« On aurait voulu voir la révolution dans le programme. Celui-ci aurait pu être de n’importe quel parti dans n’importe quel pays », estime Borchra Belhaj Hmida, député de Nida Tounes. Seules mesures annoncées : une augmentation de 30 dinars (12 euros) des allocations pour les ménages les plus pauvres et la simplification des démarches administratives pour l’annulation des dettes de moins de 2000 dinars (850 euros) pour 42 000 agriculteurs et marins. Des réformes économiques impopulaires présentées par le gouvernement précédent sont aussi confirmées, telles que la réforme de la caisse de subvention des produits de première nécessité comme la farine, le sucre et l’huile.


Khansa Ben Tarjem- Le Monde.fr Le 06.02.2015

jeudi 5 février 2015

Tunisie: le nouveau gouvernement obtient la confiance du Parlement

Le Parlement tunisien a accordé jeudi, plus de trois mois après les élections, sa confiance au nouveau gouvernement, une large coalition dominée par le premier parti du pays Nidaa Tounès mais incluant aussi les islamistes d’Ennahda.

Sur les 204 élus présents, 166 ont voté pour cette équipe qui a dû être remaniée après qu’une première mouture a été très critiquée, 30 contre et huit députés se sont abstenus.

«Une majorité confortable», s’est félicité le président du Parlement Mohamed Ennaceur, membre de Nidaa Tounès, tandis que le Premier ministre désigné Essid remerciait les députés pour leur confiance. «Notre devise au gouvernement sera d’abord le travail, ensuite le travail, et (...) rien d’autre que le travail», a-t-il promis.

La cérémonie officielle de passation du pouvoir entre M. Essid et l’actuel chef du gouvernement Mehdi Jomaa, chargé de gérer les affaires courantes, doit avoir lieu vendredi matin selon le Premier ministère.

- Tâche ardue -

M. Essid, un «indépendant» qui fut ministre de l’Intérieur après la révolution de 2011 mais a aussi occupé plusieurs postes sous le dictateur déchu Zine El Abidine Ben Ali, avait été choisi par Nidaa Tounès, vainqueur des législatives de fin octobre.

Sa tâche n’a pas été de tout repos: sa première liste, n’incluant que Nidaa Tounès, un autre parti et des indépendants, avait été attaquée par plusieurs partis la jugeant notamment pas assez représentative de la scène politique tunisienne.

Nidaa Tounès n’ayant remporté que 86 des 217 sièges de l’Assemblée et le gouvernement ayant besoin d’une majorité de 109 voix pour passer, M. Essid a donc été contraint de revoir sa copie et d’y inclure notamment Ennahda. Au grand dam de nombreux partisans de Nidaa Tounès, un parti créé pour faire contrepoids aux islamistes et qui a fait une campagne électorale virulente contre eux.

La nouvelle équipe est dominée par Nidaa Tounès, le parti du président Béji Caïd Essebsi, qui obtient six portefeuilles dont celui des Affaires étrangères. Les ministères de l’Intérieur, de la Défense et de la Justice ont pour leur part été confiés à des indépendants.

Ennahda a de son côté obtenu le portefeuille de l’Emploi et trois secrétariats d’Etat.

Trois autres formations politiques sont représentées dans l’équipe gouvernementale: l’Union patriotique libre (16 députés), parti d’un richissime patron de club de foot, Afek Tounès (libéral, 8 élus) et le Front du salut national, une coalition ne comptant qu’un seul député.

Le Front populaire, une coalition de gauche et d’extrême-gauche, avait annoncé qu’il voterait contre ce gouvernement en raison de la présence des islamistes mais en se disant aussi sceptique sur son programme.

- Lutte antiterroriste -

M. Essid avait affirmé mercredi devant le Parlement que sa priorité serait la lutte antiterroriste, alors que la Tunisie fait face depuis la révolution à l’essor de groupes jihadistes responsables de la mort de dizaines de policiers et de militaires et de deux figures politiques anti-islamistes. De 2.000 à 3.000 Tunisiens sont par ailleurs partis combattre dans les rangs des islamistes radicaux en Irak et en Syrie.

«La principale priorité de ce gouvernement est d’instaurer la sécurité et de lutter contre le terrorisme (...). Il faut se dépêcher d’adopter la loi antiterroriste» en suspens depuis des mois, avait-il dit.

M. Essid avait également assuré que la Tunisie, après quatre années d’une transition post-révolutionnaire parfois chaotique, «a rompu une fois pour toute avec le despotisme et l’autoritarisme».

Jeudi, il a affirmé que ses ministres venaient de «presque tous les gouvernorats» de Tunisie et promis qu’ils se rendraient le plus vite possible en province, dans un pays où plusieurs régions se disent négligées depuis des dizaines d’années.

Le gouvernement devra s’attaquer au chômage et à la pauvreté qui persistent malgré une révolution largement motivée par la misère et la marginalisation. (AFP 5/2/2015)

samedi 31 janvier 2015

Tunisie: 2800 jihadistes tunisiens partis en Syrie...

Ridha Sfar, ministre délégué à la sécurité nationale, a affirmé dans un entretien au quotidien Attounisia publié le 29 janvier, que le nombre de jihadistes tunisiens partis en Syrie est estimé à 2800.
Parmi ces 2800 jihadistes, 1608 se trouveraient actuellement en Syrie. 600 autres seraient mort et 568 sont rentrés au pays, a affirmé M. Sfar.
L'Etat islamique serait l'organisation qui attirerait le plus les Tunisiens: 90% en feraient partie.
"L'Etat islamique est plus dangereux qu'Al-Qaïda parce qu'il fournit des solutions rapides à des jeunes qui souffrent de frustrations sexuelles, de manque d'argent et des pulsions hostiles", a-t-il expliqué.

Actuellement au Mont Châambi, il y aurait selon lui, 100 jihadistes tunisiens et algériens.
Pour M. Sfar, il y a une hausse du nombre des jihadistes tunisiens qui est essentiellement due à "la faiblesse des institutions étatiques et à l'amnistie générale effectuée après la révolution".
Quelles solutions face au retour des jihadistes?

Ces chiffres suscitent plusieurs interrogation sur la politique à adopter contre le jihadisme en Tunisie, en l'absence d'une nouvelle loi antiterroriste. La discussion houleuse de cette loi, constamment reportée à l'Assemblée constituante, n'a jamais été reprise à l'Assemblée des représentants du peuple (ARP).
Les affaires de terrorisme sont toujours appréhendées par l'Etat selon la loi héritée de Ben Ali.
Selon Ridha Sfar, la loi actuelle est capable de lutter contre ces crimes. D'autre part, un dispositif sécuritaire aurait été élaboré par le ministère de l'Intérieur pour les "jihadistes" qui sont rentrés au pays:
"Certains ont été traduits en justice alors que d'autres sont sous surveillance policière", affirme-t-il. Une "solution préventive" aurait aussi été adoptée face aux Tunisiens qui veulent voyager en Syrie:"L'Etat a interdit environ 10.000 Tunisiens de voyager en Syrie", d'après ses estimations.

Cela dit, pour M. Sfar il faut surtout "un nouveau traitement qui s'intéresse aux aspects culturels, sportifs et familiaux (...) C'est l'affaire de toute la société", a-t-il estimé.
"Je considère que le traitement sécuritaire ne suffit pas pour affronter la pensée takfiriste. Il faut des études sociologiques et éducatives pour connaitre les vraies raisons d'un tel phénomène et pour trouver des solution radicales", a-t-il ajouté.

Les attaques visant les militaires et les forces de l'ordre, attribués à des groupes jihadistes, se sont multipliées en Tunisie depuis 2013.
Ridha Sfar a été au poste de ministre délégué au ministère de l'Intérieur sous le gouvernement Mehdi Jomâa. L'un des principaux objectifs de ce gouvernement, formé en janvier 2014, était la lutte contre "la menace terroriste". Mais plusieurs organisations comme Human Rignts Watch ont considéré que des mesures de ce gouvernement ne respectaient les principes de la justice.

"Les autorités tunisiennes ont de bonnes raisons de combattre le terrorisme mais elles ne devraient pas agir en dehors du système judiciaire et bafouer des droits protégés par la Constitution et par la loi", déclarait en aout 2014 Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

(HuffPost Tunisie - 30/01/2015)