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jeudi 12 février 2015

Tunisie : la révolution du 'Printemps arabe' et la paupérisation des Tunisiens

Une étude fait le lien entre la révolution du 'Printemps arabe' et la paupérisation des Tunisiens - Le nombre de pauvres a augmenté de 30% ces quatre dernières années en Tunisie où la crise économique a touché la classe moyenne, faisant apparaître 'le phénomène de nouveaux pauvres', a indiqué une étude faite récemment par le Centre des études économiques et sociales en collaboration avec l'Université de Tunis.

L'étude, qui a concerné 5.300 ménages choisis dans les différentes régions tunisiennes, a précisé que: 'les nouveaux pauvres' représentent 30% de l'effectif global des pauvres en Tunisie, estimés à environ deux millions de personnes sur les dix millions de Tunisiens.

Par ailleurs, des informations fournies par l'organisation de défense des consommateurs, informent que le pouvoir d'achat des Tunisiens s'est dégradé de 40% durant ces quatre dernières années à cause de la hausse vertigineuse des prix des denrées de consommation essentielle.

Au total, 93% des personnes interrogées par l'étude ont indiqué que leurs conditions de vie économique et sociale avant la révolution de 2011, survenue dans le cadre du 'Printemps arabe', était beaucoup meilleures qu'actuellement.

La Tunisie est entrée, depuis le déclenchement du 'Printemps arabe' en 2011, dans une crise économique et sociale aiguë qui a failli plonger, plusieurs fois, le pays dans la faillite n'eussent été les prêts accordés par l'étranger mais qui ont, de leur côté, exacerbé la dépendance de la Tunisie vis-à-vis des cercles politico-financiers internationaux.

L'expert du Développement social, Abdelmadjid Badoui, estime que le rôle de l'Etat, protecteur naturel des faibles catégories est absent, laissant les classes populaires sous le diktat des marchés économiques sauvages où évoluent des bandes plus proches de la Mafia que de commerçants.

Allant dans le même sens, une étude universitaire préparée par la faculté des Sciences économiques a indiqué que seuls 10% de Tunisiens détiennent 80% des ressources du pays, une situation très inquiétante et qui confirme que les différences s'agrandissent entre les classes du peuple de façon inédite dans l'histoire de la Tunisie.


C'est pourquoi, expliquent plusieurs experts, de nombreux électeurs se sont abstenus lors des dernières élections, car sachant que le citoyen est devenu un simple numéro de jeu dans les programmes des partis et forces dominantes économiquement dans le pays. (Pana 09/02/2015)

Tunisie: ''203 suicides et tentatives de suicide en 2014

203 suicides et tentatives de suicides ont été recensés en 2014, a fait savoir, mercredi, Abdessatar Sahbani, responsable de l'observatoire social tunisien, relevant du forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).

Lors d'un point de presse tenu à Tunis, Sahbani a précisé que Kairouan et Tunis ont enregistré le plus grand nombre de cas de suicide avec une moyenne de 5 suicides tous les deux mois

Il a ajouté que la tranche d'âge la plus touchée concerne les personnes âgées entre 26 et 35 ans avec 60 cas, faisant remarquer que les problèmes d'ordre social, financier, psychologique et sanitaire sont les principaux facteurs qui poussent les gens à commettre cet acte.

Il a, d'autre par fait savoir, que le suicide des enfants a retenu l'attention de l'opinion publique suite à la médiatisation de cette question, indiquant qu'en 2014, 18 enfants se sont suicidés (dont 12 filles).

L'intervenant a critiqué le corps enseignant qui n'accorde pas suffisemment d'intérêt à l'état psychologique de l'élève, appelant, à cet égard, à mettre à la disposition des élèves des spécialistes et des cellules d'écoute.

Le responsable a indiqué que les suicides ont eu lieu dans plusieurs endroits tels que les lycées secondaires, les facultés, les universités, les cimetières, les forêts, à proximité des établissements publics et officiels à l'instar des délégations, les sièges des gouvernorats, les ministères, les directions régionales et les municipalités.

Il a, en outre, appelé les citoyens, les preneurs de décision, les médias et les composantes de la société civile à accorder un intérêt particulier à la question du suicide qui a pris de l'ampleur après la révolution.


Sahbani a souligné l'urgence de prendre des mesures avant-gardistes pour réaliser la justice sociale et consacrer l'égalité des chances pour toutes les catégories sociales dans toutes les régions du pays loin de la marginalisation et de l'exclusion.

lundi 5 janvier 2015

Tunisie: un policier égorgé par des "extrémistes"

Un policier tunisien a été égorgé dans la nuit de samedi à dimanche dans le nord-est du pays par des "extrémistes" islamistes, a annoncé le ministère de l'Intérieur dans un communiqué.

"Un agent de la sécurité nationale (...) a été égorgé et poignardé au niveau du cœur dans le gouvernorat de Zaghouan (nord-est), alors qu'il revenait du travail dans la capitale, par un groupe extrémiste takfiri (extrémistes musulmans, ndlr) selon l'enquête préliminaire", a indiqué le ministère, cité par l'AFP.

Neuf personnes figurant parmi "les éléments extrémistes originaires de la région" et "soupçonnées d'être impliquées dans l'opération" ont été arrêtées, poursuit le communiqué.

La Tunisie fait face depuis la révolution de janvier 2011 à un essor de la mouvance djihadiste, qui a fait des dizaines de morts dans les rangs des forces armées.

jeudi 1 janvier 2015

Béji Caïd Essebsi officiellement président de la Tunisie


Béji Caïd Essebsi, 88 ans, a pris mercredi ses fonctions de président de la Tunisie, devenant le premier chef de l’Etat élu démocratiquement de l’histoire du pays, quatre ans après la révolution qui déclencha le Printemps arabe. Dans un bref discours après avoir prêté serment devant le Parlement, le nouveau chef de l’Etat a promis d'«être le président de tous les Tunisiens et Tunisiennes», appelant au «consensus entre les partis politiques et les composantes de la société civile». «Il n’y a pas d’avenir pour la Tunisie sans la réconciliation nationale», a-t-il ajouté, alors que nombre de ses détracteurs et acteurs de la révolution de 2011 s’inquiètent de la présence d’anciens cadres du parti du président déchu Zine El Abidine Ben Ali parmi ses proches.

Béji Caïd Essebsi a remporté le 21 décembre avec quelque 55% des voix le deuxième tour de la présidentielle face au président Moncef Marzouki. Les deux hommes se sont retrouvés en fin de matinée au palais présidentiel de Carthage pour une cérémonie de passation. Souriants, ils se sont embrassés devant les caméras de télévision. Quelques instants après, Moncef Marzouki a quitté la présidence.

Béji Caïd Essebsi est ainsi devenu le premier chef de l’Etat démocratiquement élu. Avant lui, le père de l’indépendance, Habib Bourguiba, et Ben Ali avaient recours au plébiscite et à des élections truquées. Moncef Marzouki a pour sa part été élu par une Constituante, à la faveur d’un accord politique avec les islamistes d’Ennahda.

L’une des premières tâches du nouveau président sera de charger sa formation politique de constituer un gouvernement avec un Premier ministre à même d’obtenir une majorité au Parlement, son parti ayant remporté les législatives en octobre mais ne disposant pas de majorité absolue avec 86 sièges sur 217. Il devra pour cela notamment composer tant bien que mal avec Ennahda (69 députés), deuxième parti du Parlement, et contre qui il a fait campagne avec virulence. Les 62 autres sièges reviennent à une multitude de partis allant de l’extrême gauche au centre droit.

Les nouvelles autorités sont très attendues sur le terrain de l’économie, le chômage et la misère à l’origine de la révolution restant endémiques. «Il est de notre devoir de remédier aux problèmes socio-économiques (...), de réaliser les promesses de la révolution : dignité, emploi, santé et équilibre entre les régions», a d’ailleurs souligné Béji Caïd Essebsi. «On a prouvé que la démocratie est compatible avec la culture arabo-musulmane, il faut maintenant apporter la preuve que cette démocratie-là est convertible en opportunités économiques et en prospérité», relève à ce titre le journal La Presse dans son éditorial mercredi.

Autre défi, le gouvernement devra répondre à la menace jihadiste, alors que des dizaines de militaires et deux figures politiques anti-islamistes ont été tués depuis 2011. Il sera d’autant plus attendu sur ce terrain que Béji Caïd Essebsi n’a eu cesse d’accuser Ennahda et son prédécesseur de laxisme en la matière. Enfin, nombre d’acteurs de la société civile ont prévenu qu’ils resteraient vigilants pour éviter un retour aux dérives autoritaires du passé. «Toutes les péripéties de l’histoire des 40 dernières années montrent l’importance du respect des droits de l’homme (...) que de sang, que de prisonniers et que de souvenirs de tortures», relève le journal le Temps avant de lancer «pas question d’un retour en arrière en matière de respect des libertés et des droits humains. L’alternance politique pacifique est devenue une tradition».


AFP 31 DÉCEMBRE 2014 

mardi 30 décembre 2014

Justice transitionnelle : La sécurité présidentielle bloque le transfert de l’archive de la présidence à l’Instance Vérité et Dignité

L’instance Vérité et Dignité, chargée de mettre en place la justice transitionnelle et d’enquêter sur les crimes des régimes de Ben Ali et Bourguiba, a commencé ses travaux ce mois-ci. Ses responsables ont eu accès au palais présidentiel jeudi et ont placé la totalité de ses archives dans des cartons afin de les récupérer. Le but : les transférer aux archives nationales pour les numériser, les classer et les exploiter. Mais ils assurent en avoir été empêchés vendredi par des membres de la garde présidentielle. Leurs camions ont dû rebrousser chemin.

« Des membres du syndicat de la garde présidentielle ont bloqué l’accès au palais de Carthage à nos camions », assure la présidente de l’instance Vérité et Dignité. Sihem Ben Sedrine affirme qu’elle disposait d’un accord écrit de la présidence pour récupérer ces documents. Dans un deuxième accord, le directeur de la garde présidentielle s’engageait, toujours selon elle, à veiller sur le convoi.

Le secrétaire général du syndicat de la sécurité présidentielle, Hichem Gheribi a indiqué que Sihem Ben Ben Sedrine s’était rendue au palais, accompagnée de 6 camionnettes dans le but de récupérer les archives.

Il a ajouté que les archives ne pouvaient être déplacées, lors de cette période sensible où l’on s’apprête à la passation des pouvoirs , précisant que la mission de la sécurité présidentielle était d’assurer la sécurité du président de la République et des archives se trouvant au palais, loin des tiraillements politiques.

Le directeur général de la sécurité présidentielle et des personnalités Tawfik Kasmi, a déclaré avoir donné instructions pour empêchée de déplacer les archives présidentielles. Ridha Belhaj dirigeant du parti « Nidaa Tounes » aurait appelé, selon lui, le cabinet présidentiel, jeudi dernier, pour demander que le transfert des archives soit reporté jusqu’à la passation des pouvoirs.

La présidence réfute toute implication

Suite à cette affaire, la Présidence de la république a précisé dans un communiqué, que les rapports entre les deux institutions ont débuté au mois de juillet après que l’instance n’ait été formée, et que la Présidence a veillé à apporter le plus d’aide et de coopération pour faciliter sa mission légale.

Conformément à la loi organique numéro 53 de l’année 2013, datée du 24 décembre 2013, portant sur l’instauration d’une justice transitionnelle, notamment l’article 52, «lors d’une réunion tenue le 17 juillet 2014, la présidence de la République a exprimé ses prédispositions sans conditions, à appliquer les décisions de l’Instance au sujet du transfert des archives du palais », indique le communiqué.

La présidence ajoute que les besoins logistiques ont fait que l’opération de transfert ait été retardée, jusqu’à ce que l’Instance ait préparé les moyens nécessaires à l’opération, qu’elle ait eu un local, et aussi le temps que la Présidence répertorie les archives et prépare les bons nécessaires à l’opération.

« Quand l’opération de transfert est devenue possible, l’IVD a adressé un courrier à la présidence à la date du 24 novembre 2014, et il a été convenu que l’opération ait lieu le 26 décembre 2014. Deux représentants de l’Instance ont commencé depuis le 25 décembre à procéder au rangement des documents », ajoute le communiqué.

Le 26 décembre 2014, l’Instance Vérité et Dignité a été empêchée par le Syndicat de la sécurité présidentielle de transférer les archives. « La Présidence informe que ce comportement n’exprime pas sa position par rapport à l’Instance, et qu’elle s’engage à coopérer avec les instances constitutionnelles, conformément à ce que l’exige la loi », indique le communiqué.

Réactions de la société civile

L’Observatoire Tunisien de l’indépendance de la magistrature (OTIM) a condamné, samedi, l’empêchement fait à l’Instance Vérité et Dignité (IVD) de prendre livraison, la veille, des archives de la Présidence de la République, et « la manière dont ont été traité les membres de l’instance, en violation des dispositions de la Constitution et de la loi sur la justice transitionnelle », y voyant « une atteinte caractérisée aux institutions de l’Etat ».

L’Observatoire a mis en garde, dans un communiqué contre « l’impact de telles pratiques sur le processus de la justice transitionnelle, sur la confiance du public en l’Instance Vérité et Dignité et sur les compétences qui lui sont conférées, à la première mise à l’épreuve de sa relation avec les pouvoirs publics ».

Le communiqué a, en outre, critiqué « la politisation » ayant accompagné « les faits graves » survenus à l’entrée du Palais de Carthage, de même que « l’absence de tout rôle des institutions » et « l’irresponsabilité » des auteurs de ces agissements, « au mépris de l’autorité de l’Etat et de la primauté du droit ». L’Observatoire a considéré que « les dépassements commis par les syndicats sécuritaires, seraient de nature à porter atteinte au bon fonctionnement des institutions de l’Etat, compromettre la stabilité politique et nuire à l’action sécuritaire et syndicale».

Le Réseau tunisien de la justice transitionnelle de son coté a dénoncé Dans un communiqué publié dimanche 28 décembre « l’interdiction injustifiée par des agents du syndicat de la sécurité présidentielle, à l’Instance Vérité et Dignité (IVD), de saisir les archives de la présidence de la République ». Le réseau appelle la présidence à faciliter le travail de l’IVD, et demande que les agents de la sécurité présidentielle qui ont empêché le transfert des archives soient poursuivis en justice, « conformément à l’article 66 de la loi organique relative à la justice transitionnelle »

Le réseau de la justice transitionnelle recommande par ailleurs que les archives publiques et privées relatives aux violations soient regroupées au siège des archives nationales, à Tunis, appelant à ce que les archives soient suffisamment protégées et qu’un pavillon soit spécialement réservé à l’IVD pour sécuriser son travail. Il rappelle enfin que la justice transitionnelle est, au même titre que les élections, l’un des deux piliers de la transition démocratique.